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Le caporal Blutch

Blutch :

"Il aboie beaucoup mais ne mord pas" (Chesterfield, "Vertes années")





Sommaire

Introduction

Blutch est une personne complexe et qui, de plus, connaît différentes évolutions entre le premier album, " Un chariot dans l'Ouest ", et le dernier en date. Le décrire comme un lâche qui ne cherche qu'à déserter et qui en veut " à mort " à Chesterfield du fait que ce dernier soit responsable de son engagement dans l'armée, est beaucoup trop facile, réducteur, et surtout, inexact et faux ! Observer précisément son caractère et les relations qu'il entretient avec Chesterfield, mais également avec les autres soldats, ses supérieurs, etc., permet de comprendre que c'est une personne dont le caractère est bien difficile à saisir. Mais avant tout, une rapide description physique et historique de Blutch s'impose.

Description physique

Dans les premiers albums, le corps de Blutch est particulièrement difforme : il a un petit corps malingre, une grosse tête et un gros nez, une lèvre prééminente et une toute petite bouche.

Blutch dans " Un chariot dans l'Ouest " (n°1)

Par la suite, et avec l'arrivée de Lambil comme dessinateur, remplaçant Salvérius, décédé, son physique se " normalise ". Il reste cependant assez caricatural jusqu'aux albums 14-15. C'est d'ailleurs de cette manière que le décrit un soldat à Chesterfield dans " Des bleus en noir et blanc " (n°11), alors que ce dernier le recherche :
Chesterfield : BLUTCH ?!
Le soldat : C'est pas un p'tit maigre que vous cherchez ?...
Chesterfield : Ouais !
Le soldat : avec un uniforme de cavalerie ?...
Chesterfield : Ouais !
Le soldat : ...et une énorme lèvre !
Chesterfield : Ouais !
Le soldat : ...et une petite cicatrice sous l'œil ?...
Chesterfield : OUAIS ! OUAIS ! OUAIS ! ALORS, TU L'AS VU ?
Le soldat : Non !


Blutch dans " Rumberley " (n°15)

Pour finir, le trait devient plus réaliste et se stabilise. Si la taille de sa tête est beaucoup plus proportionnée par rapport au corps, il garde une lèvre d'une taille importante, tout comme le nez, et une bouche relativement petite.

Blutch dans " Requiem pour un bleu " (n°46)



Description historique

L'âge de Blutch n'est pas facile à déterminer : on peut essayer de le deviner d'après l'album " Vertes années " (n°34), qui relate son enfance. Dans ce dernier, nous voyons que Blutch est emmené, alors qu'il a juste quelques mois, à l'orphelinat.

Le docteur qui le fera évader par la suite déclare alors, quand il retourne bien plus tard dans ce lieu, que cela fait 6 ans que Blutch a été emmené. C´est lors de cette visite qu'il le fait s'évader.

Blutch a donc 6 ans lorsqu´il quitte l'orphelinat. Ils traversent ensuite les Etats-Unis, vont en Californie, et plus précisément à San Francisco.

Il n'est pas facile d'évaluer le temps que le docteur et Blutch ont mis pour faire ce chemin, mais si l'on considère qu'ils ont mis de quelques mois à 2 ans, cela fait que Blutch a entre 6 et 8 ans, lorsqu´il se trouve dans cette ville. On le voit alors, page 27, image 7, vendre des journaux indiquant que " la Californie a signé un accord pour faire partie de l´Union ".

Cet accord a été signé dans la réalité en 1848. 6 ans en 1848, cela fait 19 ans en 1861, date du début de la guerre de Sécession. Blutch a donc, en 1861, entre 19 et 21 ans, et serait donc né entre 1842 et 1844.
Cependant, il apparaît clairement comme plus mature.

Né dans l'Etat du Missouri, il a connu une enfance difficile : abandonné par ses parents, il fut recueilli par un médecin alcoolique, le docteur Harding, puis placé dans l'orphelinat dont il s'évada avec la complicité de ce dernier.

Il exerça divers " petits boulots ", comme cireur, docker, garçon coiffeur, garçon de bain, garçon de café, vendeur de journaux (événements qui sont relatés dans " Vertes années ", n°34).

Après s'être détaché du docteur, il s'installa à Milford en tant que barman. Il croisa la route de Chesterfield et, après avoir passablement bu, signa son engagement dans l'armée nordiste, ce qu'il ne souhaitait pas. Déjà attaché à Chesterfield, il demanda à être muté dans la cavalerie, en même tant que lui.

Il finit par intégrer cette unité.

A la suite d'un tirage au sort, il fut nommé caporal au 22ème de cavalerie, alors que de son coté, Chesterfield était nommé sergent dans cette même unité. Précisons que ce tirage au sort était faussé : en effet, Blutch et Chesterfield furent les deux seuls à participer, le 22ème de cavalerie était réputé pour être " le seul régiment dont on ne revient jamais " (cf " Blue Rétro ", n°18) !

Notons cependant que cette histoire de la vie de Blutch peut être contredite par les albums précédant " Blue Rétro ". En effet, dans cet album, suite à son engagement dans l'armée, il est directement envoyé sur le front pour lutter contre l'armée confédérée.

Or, dans les premiers albums, ce sont les Indiens, dans l'Ouest, qu'il affronte, et ce n'est que par la suite qu'il est envoyé avec Chesterfield, Tripps et Bryan, renforcer les troupes nordistes combattant le Sud (" Du Nord au Sud ", n°2).

En suivant l'histoire de " Blue Rétro ", Blutch n'est pas censé avoir combattu les Indiens, et ni même avoir déjà été affecté dans un fort (il n'est en fait pas supposé être un militaire de carrière).

C'est pourtant le cas. On peut donc supposer que Blutch ait deux histoires : une première dans laquelle, avant le déclenchement de la guerre de Sécession, il est affecté à la surveillance des tribus indiennes, puis qu'il se réengage dans l'armée et se retrouve à lutter contre les confédérés !

En réalité, il apparaît clairement que Cauvin, le scénariste des " Tuniques Bleues ", ait tenu à mettre en scène l'engagement de nos deux héros de manière humoristique, sans tenir compte du passé et de la cohérence par rapport à l'histoire " indienne " qu'ont vécue Blutch et Chesterfield.

On considérera donc que les conditions de l'engagement de Blutch dans l'armée sont celles énoncées dans " Blue Rétro ", et qu'il ne faut par conséquent pas faire attention à la chronologie de ses affectations, et prendre les albums de manière indépendante, sans chercher à faire de lien entre eux.

De même, on ne tiendra pas compte de la phrase que dit le caporal dans " Des Bleus en noir et blanc " : " J'aurais dû écouter ma mère lorsqu'elle me conseillait de poursuivre mes études ! ", puisque, d'après " Vertes années ", Blutch n'est pas censé avoir connu sa mère.

Signalons enfin que s'il y a des changements entre le Blutch des premiers albums et celui des derniers, ces évolutions ne sont pas fondamentales.
Son caractère a dès le début ses caractéristiques principales.

LES PRINCIPAUX TRAITS DE CARACTERE DE BLUTCH

Lorsque l'on pense à ce personnage, le premier trait de son caractère auquel l'on pense est une certaine lâcheté, réelle ou affirmée (par lui-même ou par Chesterfield). Qu'en est il ?

Blutch, un homme courageux
La lâcheté supposée de Blutch provient principalement de son attitude durant les charges du capitaine Stark (dresser Arabesque, sa jument, à se faire passer pour blessée ou morte, ou encore lui-même se faire passer pour mort, dans le seul but de ne pas participer aux attaques), mais également de comportements qu'il adopte dans différentes situations rencontrées au cours des albums.

De fait, il apparaît que l'une de ses caractéristiques essentielles est précisément et au contraire de ne pas être lâche. De nombreuses actions de sa part sont là pour le rappeler. Quant aux actions semblant s'opposer à cette vision, elles sont d'une part beaucoup moins fréquentes que ce que l'on pourrait croire, et d'autre part, plus que justifiées.

Par exemple, dans " Et pour quinze cents dollars en plus ", le caporal tente plusieurs fois d'abandonner sa mission, contrairement à Chesterfield. Mais ce n'est en aucun cas révélateur d'une lâcheté réelle, puisque cette mission a été refusée par tous les autres hommes auxquels on la proposait, au début de l'album.

Il se retrouve d'ailleurs affecté à cette mission suite à la manipulation d'un autre soldat ! On ne peut donc qualifier le comportement du caporal, dans cette circonstance, de lâche, puisque ce défaut, comme les autres traits de caractères, doit être jugé de manière relative, par rapport aux autres individus. Dans cet album, c'est plus Chesterfield qui fait preuve d'un courage exceptionnel que Blutch de lâcheté.

En dehors des charges de Stark, Blutch peut néanmoins, il est vrai, manquer de courage. Cela demeure objectivement rare.

Ainsi, dans " Blue Retro ", le caporal refuse de participer à une charge d'infanterie. Mais même dans un cas comme celui-ci, ce comportement peut s'expliquer : tout d'abord Blutch, contrairement à ses camarades qui chargent, ne voulait pas s'engager dans l'armée. Et plus que la peur, on a l'impression que c'est la colère de s'être " fait avoir " (son engagement, qui fut l'objet d'une manipulation, est " tout frais ") qui provoque le fait qu'il n'attaque pas.

Autre exemple, dans " Les Bleus de la marine ", il se jette très souvent à l'eau pour éviter les combats navals : il faut néanmoins préciser en sa faveur que ces combats l'opposent à des bâtiments comme le " Merrimac " et le " Davidley " contre lesquels les vaisseaux de l'époque ne pouvaient rien. Ceux-ci sont d'ailleurs systématiquement coulés.

Lorsqu'il se retrouvera, par la suite, à combattre sur mer, dans " Duel dans la Manche ", il n'aura plus cette attitude, probablement parce que le navire contre lequel se bat Blutch n'est pas un navire réputé indestructible comme ceux présents dans " Les Bleus de la marine ".

On observe aussi qu'il montre une certaine peur dans " Le David ", mais il faut signaler qu'elle s'exprime dans une situation dans laquelle il est sans armes et poursuivi par une dizaine de Sudistes, dont Cancrelat, un de ses grands ennemis... Elle se comprend donc parfaitement.

Pour finir, les tentatives de désertions de l'ancien barman ne peuvent non plus être prises en exemple de la lâcheté de ce dernier. Dans les albums dans lesquels il les tente (" En avant l'amnésique ! ", " Vertes années ", " Les bleus de la balle ", " Puppet Blues "), plus que l'envie de déserter, on a l'impression que c'est l'envie de jouer avec les nerfs de Chesterfield qui domine chez Blutch. Pour preuve de cela, il suffit de relire " Puppet Blues ", album durant lequel le caporal déclare qu'" À filer sans péril, on déserte sans gloire ".

Difficile dans ces conditions de considérer Blutch comme lâche s'il souhaite le péril. A noter d'ailleurs que sur les quatre exemples cités plus haut, dans trois cas, Blutch retourne au camp de son plein gré (dans " En avant l'amnésique ! ", " Vertes années ", et " Puppet Blues ") ! Blutch ne saurait donc être considéré comme lâche parce que souhaitant déserter puisqu'il ne veut pas déserter, sinon, il ne reviendrait pas volontairement. Il faut considérer ses tentatives de désertion comme faites principalement dans le but d'agacer Chesterfield.

D'ailleurs, dans " Grumbler et fils ", alors que Chesterfield compte déserter, et que Blutch pourrait tout à fait faire de même (ils sont isolés, loin de tout poste de l'armée), non seulement le caporal ne déserte pas, mais en plus il convainc Chesterfield de rejoindre l'armée ! Blutch a d'ailleurs, au cours des différents albums, de nombreuses occasions de fuir, mais il ne va jamais jusqu'au bout.

Une des meilleures preuves de cela, est qu'au début de " Le David ", il refuse de charger, en sachant très bien que cela va provoquer sa condamnation à mort. Mais il ne cherche pas à déserter pour autant, alors qu'il n'aurait rien à perdre à cela. Il est indifférent à son exécution programmée, démentant ainsi l'idée qu'il déserterait par peur des combats, par peur de la mort.

On ne peut pas non plus qualifier Blutch de lâche lorsqu'il refuse d'attaquer aux côtés du capitaine Stark, les charges que l'officier mène étant tout à fait particulières.

Tout d'abord, celles-ci n'ont rien en commun avec des combats " normaux ", puisqu'elles constituent des véritables massacres, au sens propre du terme. Les exemples d'anéantissements du 22ème de cavalerie, unité dans laquelle sert Blutch, sont présents dans quasiment tous les albums. Ainsi, dans " Des Bleus en noir et blanc ", la cavalerie est complètement anéantie (à part Stark, Chesterfield et Blutch !). Autre exemple, au début de " Les Bleus tournent cosaques ", la charge est composée de 121 hommes. Ils ne seront que 4 à revenir.

De plus, les charges de Stark s'effectuent souvent à un vingtaine, voire souvent moins, trois hommes par exemple dans " Les cavaliers du ciel " ou encore " Les cinq salopards ", contre tout une unité sudiste.

La personnalité du capitaine Stark, l'officier commandant le 22ème de cavalerie, doit également être prise en compte, puisque dans " Les cavaliers du ciel ", il va jusqu'à déclarer " J'aime les hommes qui tombent autour de moi et les chevaux qui culbutent dans la poussière !... ça me stimule ! ", alors que dans " Les bleus de la marine ", il dit " si ça continue, on aura même plus le temps de se faire massacrer ! " ! Il apparaît clairement dérangé mentalement. La défiance de Blutch à l'égard de ses ordres est alors légitime.

L'utilité de ces attaques doit aussi être remise en cause : dans " Des Bleus et des cosaques ", Stark annonce fièrement que sa charge a fait reculer les sudistes " d'un mètre ", " peut-être même d'un mètre dix " ! Ceci n'est qu'un exemple de l'inutilité quasi-permanente des charges du 22ème de cavalerie. Pour finir, ces attaques ne sont pas préparées. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire ce dialogue issu de l'album " Le blanc-bec " :

Lieutenant Appletown : A West Point, on nous a appris qu'une charge de cavalerie se préparait en faisant d'abord donner l'artillerie !...
Blutch : Ben, ici, c'est plutôt le contraire !... On prépare les tirs d'artillerie en faisant charger la cavalerie !...
Lieutenant Appletown : ...et ceux d'en face ?...
Blutch : Ils se servent d'abord de leur artillerie !
Lieutenant Appletown : Mais ça va être un massacre !

Dès lors, il est erroné de considérer Blutch comme lâche parce que refusant de participer à des charges suicidaires, non préparées, inutiles, et commandées par un capitaine dont l'état mental est indéniablement altéré ! De fait, il faut être anormalement courageux et plus qu'obéissant pour y participer.

Néanmoins, il faut observer que même si l'attaque est suicidaire, non préparée, et bien qu'elle soit commandée par le capitaine Stark, si la charge a une utilité (comme permettre une percée du front dans " Du Nord au Sud ", sauver Lincoln dans " Des Bleus en noir et blanc ", ou sauver le camp dans " Les Bleus dans la gadoue "), Blutch y participe, preuve de son courage. Il est tout à fait disposé à risquer sa vie pour des actions utiles.

Inversement, il est prêt à se battre, même si les enjeux sont moins importants, mais que les conditions de ces combats sont " normales ".
Lorsqu'il se trouve dans d'autres unités que celles de Stark, il combat comme les autres soldats (sauf les quelques exceptions déjà soulignées) : le meilleur exemple de cela se trouve dans " Les Bleus de la marine ", album dans lequel Blutch effectue toutes les charges d'infanterie ordonnées en tête.

Cela prouve bien que, plus que les combats, c'est l'inutilité de la majeure partie des charges de Stark qu'il fuit.

Dans " Baby Blue " le caporal démontre bien que plus qu'à l'armée, c'est surtout à Stark qu'il en veut, puisqu'il entame une grève de la faim pour exiger son départ.

Certes, l'ancien barman est moins combatif que Stark et que Chesterfield, mais pas forcément moins courageux. Pour le capitaine, sa folie est la raison de cette combativité.

Pour le sergent, en plus d'un réel courage, on ne peut que reconnaître qu'il a un sens exacerbé et même extraordinaire du devoir, qui l'amène à se comporter si courageusement.

Enfin, on pourrait objecter que les autres soldats du 22ème de cavalerie chargent aussi. Mais, là également, quelques rappels s'imposent.

Tout d'abord, il semblerait que le pourcentage de désertion, lors des charges de Stark ne soit pas négligeable : dans " Duel dans la Manche ", on parle de déserteurs au 22ème de cavalerie, alors que dans " Les Bleus dans la gadoue ", on voit un cavalier procéder de la même manière que Blutch, à savoir se faire passer pour mort.

De plus, rappelons que Blutch et Chesterfield furent affectés dans cette unité à la suite d'un tirage au sort.
Or, nous voyons que tous les soldats présents au centre de cavalerie (excepté nos deux amis) ont refusé de participer à ce tirage, en mettant un papier sans leur nom, car acceptant de combattre dans n'importe quelle unité (pourtant exposée bien évidemment aux combats), excepté au 22ème !
Refus qu'expriment également des cavaliers au début de " Les Bleus tournent cosaques ", qui préfèrent le peloton d'exécution !
Bref, le courage du caporal Blutch ne peut clairement être pris en défaut si on le compare aux autres soldats nordistes.
Ces derniers ont cependant peut-être plus de scrupules à ne pas combattre, et assurément n'osent le plus souvent pas agir comme le fait Blutch.

Ils n'en sont pas pour autant plus courageux, et paraissent disposés à ne pas charger dès qu'ils en ont l'occasion, sans risquer de sanctions, alors que le caporal paraît totalement indifférent à celles-ci.

Il faut enfin signaler que, chronologiquement, suivant son engagement, on constate que Blutch fait globalement son devoir. Engagé de manière très douteuse dans " Blue Rétro ", le n°18 de la série, il charge tout de même aux côtés de Stark dans " Le David ", le n°19, apprend-t-on, avant de refuser de continuer à participer à ces attaques. Plutôt que de déserter, il préfère cependant être fusillé.

Alors qu'à la fin de l'album, il est censé être rendu à la vie civile, l'armée viole son engagement ! Blutch ne devrait donc même pas être censé faire partie de l'armée !

Blutch ne peut être considéré comme lâche, car il ne se refuse pas à perdre sa vie au combat, il se refuse à le faire si cela n'a aucune utilité, ce qui constitue une différence notable.

Un vrai courage

Par ailleurs, les exemples du courage de Blutch sont légion. Cette qualité est même omniprésente chez le caporal.

Tout d'abord, lorsque les charges de Stark ont une utilité, il y participe, et se bat de manière tout à fait courageuse : par exemple dans " Les Bleus dans la gadoue " ou dans " Des bleus et des dentelles ", ou elles permettent de sauver le camp.



Ensuite, en dehors des combats avec le 22ème, Blutch accomplit de nombreuses actions héroïques en risquant sa vie : nous trouvons des exemples d'actions de ce type dans " Bronco Benny " où, avec trois hommes, il dégage un défilé occupé par toute une tribu indienne, ou encore dans " Bull Run " où, déguisé en officier sudiste, il fait sauter un pont protégé par toute l'armée sudiste. Ces seules actions suffiraient sans aucun doute à prouver qu'il n'est pas lâche.



Nous voyons également dans " Les planqués ", où la sécurité du campement est en jeu, que c'est lui qui dirige la défense du camp, en se battant de manière tout à fait courageuse et efficace.



Autre aspect courageux de sa personnalité que l'on doit mettre en avant, le fait qu'il sauve très souvent des vies, en risquant la sienne.

Dans " Outlaw ", il sauve la vie de Mathias, celle de Pucky dans " Drummer Boy ", ou encore celle du sergent Chesterfield à de nombreuses reprises (" Du Nord au Sud ", " Et pour 1.500 dollars en plus ", " Requiem pour un Bleu ", ...).

Dans " Les déserteurs ", son comportement est courageux, voire exemplaire, puisque en plus de charger les Indiens avec deux autres soldats et de se battre jusqu'au bout en gardant son sang-froid, il sauve la vie d'un soldat objecteur de conscience. Ici, il agit même plus courageusement que ses compagnons, Chesterfield y compris.



Dans " Des Bleus en noir et blanc ", il revient en arrière pour aider Chesterfield qui se bat seul contre une douzaine de cavaliers, puis il charge à la fin, avec Stark et Chesterfield, contre une vingtaine de cavaliers sudistes, pour sauver le Président Lincoln.



En fait, les exemples de bravoure de Blutch ne manquent pas (on peut encore apprécier son courage dans " Rumberley ", où il compte, avec Chesterfield, se sacrifier pour permettre aux blessés de ne pas tomber aux mains des sudistes).

De manière indéniable, Blutch fait donc souvent preuve de beaucoup de bravoure. Il est même assez souvent, dans des situations similaires, plus courageux que ses compagnons.

Ainsi, dans " Des Bleus et du blues ", il prend des risques très importants pour maîtriser Sandler et éviter un massacre, et alors qu'aucun autre soldat (Chesterfield excepté, mais sans prendre les mêmes risques que le caporal) n'essaie de faire quelque chose.



Dernier aspect de sa personnalité mettant en valeur son courage, le fait qu'il fasse souvent preuve d'une bravoure exemplaire face à la mort.

Cette qualité est visible à la fin de " Les Bleus dans la gadoue " et de " Et pour $ 1.500 en plus ", ou encore au début de " Les Bleus de la balle ". Il fait également preuve d'un très grand courage au début de " Le David ", face au peloton d'exécution et à la mort (quasi) certaine qui l'attend.

Enfin, dans " Des Bleus et des dentelles ", alors, qu'il est gravement blessé (un infirmier lui prédira l'amputation, voire la mort), il trouve encore le courage de plaisanter (Chesterfield : " Sacré Blutch !... Vous avez de la veine !... Enfin, vous aurez de belles cicatrices à montrer à vos enfants et à vos petits-enfants ... " Blutch : " YOU... YOUPEE ! " et " J...Je sais que vous... vous n'allez p... pas me croire, s... sergent... mais cette fois, mon cheval n'y... n'y est pour rien... ").

Un courage raisonné

Si Blutch ne manque donc pas de courage, il lui faut des motivations pour l'exprimer. A l'inverse d'un Chesterfield, il ne fera pas preuve de bravoure si c'est inutile et suicidaire. Différentes raisons expliquent les risques que parfois il prend.

Il est tout d'abord prêt à risquer sa vie pour ses idées. C'est pour elles qu'il sauve Pucky dans " Drummer Boy ", en entrant en communication avec les sudistes, qui le font prisonnier, puis en risquant le peloton d'exécution nordiste, car il pense qu'un gamin de l'âge de Pucky ne doit pas mourir (" Pour moi, qu'il soit confédéré, bulgare, analphabète ou javanais, ce n'est qu'un gosse !... Vous auriez aimé mourir à son âge, vous ?... " dit-il à Chesterfield).

C'est aussi pour ses idées (ainsi que par amitié pour Chesterfield) que dans le " Le blanc-bec ", il prend la place du sergent en se condamnant à mort, visiblement révolté par l'injustice à laquelle il assiste (le colonel Appletown laissant Chesterfield s'accuser d'un acte qu'il n'a pas commis).

Il apparaît également que s'il sauve de nombreuses vies au péril de la sienne, tout au long des albums, c'est parce que cela fait partie de sa nature, et que c'est même un peu un réflexe de sa part. Il sait de plus être brave pour sauver ou aider Chesterfield, par amitié pour lui.

Ensuite, il semble qu'en dépit de ses propos et des apparences, Blutch soit doté d'un certain sens du devoir, bien particulier, et qu'il interprète à sa guise, certes, mais néanmoins présent. Dans le cas contraire, nombre de ses attitudes s'avéreraient inexplicables.

Ainsi en est-il de celle, dans " Bull Run ", qui le voit prendre de gros risques pour faire sauter un pont et sauver ainsi les restes de l'armée et Washington (il voulait également libérer Chesterfield, mais il pouvait sans aucun doute mettre en œuvre une méthode plus simple, s'il voulait simplement le faire échapper).

Autre exemple, lorsqu'il sauve la vie de Grant en prévenant celui-ci qu'un attentat le vise (" Qui veut la peau du général ? "). Ici, on ne peut pas mettre cela sur le compte de sa nature car, à la différence des autres personnes qu'il sauve, Grant, ici, veut sa mort, ce qui constitue une différence fondamentale.



Il faut également évoquer " Les hommes de paille ", album dans lequel le caporal retourne au pas de course prévenir Grant que les Sudistes connaissent les positions nordistes, et alors même qu'il devine très probablement que le général, furieux d'apprendre l'échec de son plan, le sanctionnera lui et Chesterfield (de fait, tous deux sont emprisonnés et doivent s'évader pour éviter d'être fusillés).

Par conséquent, et s'il est indéniable que l'on assiste à un réel décalage entre ses propos et ses actes, on ne peut que constater que Blutch n'est pas dépourvu de tout sens du devoir.

De manière globale, à l'exception notable des ordres de charger émanant de Stark, Blutch obéit presque toujours aux ordres qui lui sont donnés, notamment à ceux d'Alexander ou de Grant.

On peut également voir comme raison dans le fait que Blutch combatte pour son camp le respect et l'attachement qu'il a envers ses compagnons d'armes, ainsi qu'un véritable sens de la camaraderie (on le voit souvent plaisanter ou jouer aux cartes avec d'autres soldats), ce qui fait que la volonté de ne pas les abandonner et de ne pas les laisser tomber l'amène probablement plus souvent qu'à son tour à accomplir des actes courageux pour son camp.

Preuve de cet attachement, le fait qu'il ne supporte pas de voir dénigrés ses camarades : ainsi, dans " Bull Run ", lorsqu'un officier qualifie le 22ème de cavalerie et ses soldats de " rebut ", il se met en colère et lui donne un verre rempli de pétrole !

Blutch respecte également ses compagnons d'armes en tant que soldats : nous le voyons ainsi dans " Puppet Blues " tout faire pour s'opposer au photographe Sutton et à ses méthodes de propagande, afin d'éviter que des personnes soient ainsi trompées, mais également car il ne semble pas admettre que ces soldats soient l'objet de dérision : il qualifie tout cela de " cirque " et à Chesterfield qui lui dit : " Ce type est un malade... Il a transformé les hommes de cette compagnie en une bande de clowns ! ", il répond : " Heureux de vous l'entendre dire ! ".

On le voit aussi dans " Rumberley " prendre le parti des soldats blessés, et demander au général Alexander qu'il soit pris soin d'eux. Et alors que celui-ci n'a pas tenu sa parole, il le charge ! Blutch, d'une manière générale respecte tout à fait le dévouement à leur pays de ces hommes, sauf si c'est trop exagéré, comme c'est le cas pour Chesterfield, dont il se moque gentiment.

Dans " Émeutes à New York ", d'ailleurs, on voit Blutch, en parlant des émeutiers, dire à Chesterfield : " Vous l'avez constaté vous-même... ces dingues ne respectent rien... même pas l'armée ", sous-entendant ainsi à contrario qu'elle mérite le respect.

Enfin, il arrive aussi que le caporal combatte directement pour sa survie.

Si Blutch n'est pas par principe opposé aux combats, il faut néanmoins, donc, pour qu'il se batte, que le jeu en vaille la chandelle. Il sera alors prêt à risquer sa vie et à mourir.

Au contraire de Chesterfield, Blutch ne se bat jamais par " automatisme ".
Qu'il combatte ou non, c'est un choix de sa part (sauf lorsqu'il y est contraint, bien sûr, ou pour sa survie, ce qui reste minoritaire).

Il est vrai, cependant, qu'il n'apprécie pas, de manière générale, de se battre.
Blutch souhaite la tranquillité, et n'est pas violent, par nature.
De plus, il a l'esprit de contradiction, et comme il n'était pas d'accord pour s'engager et combattre, on peut penser que " pour le principe ", il n'est donc pas disposé à combattre, en général.
Comme raison expliquant également que le caporal Blutch soit peu enclin au combat, il faut souligner qu'il n'est pas partie à cette guerre : pour lui, le Nord et le Sud se valent, il n'y a pas les bons d'un côté et les mauvais de l'autre.

Lorsque, dans " Les cousins d'en face ", Chesterfield dit, en parlant de ses cousins : " MAIS QU'EST-CE QUI LEUR A PRIS DE S'ENGAGER DU MAUVAIS COTE !?! ", Blutch répond : " Qui vous dit que c'est le mauvais côté ?... ".

Il n'a aucun grief contre les Sudistes, ce qu'il dit d'ailleurs au début de " La prison de Robertsonville " (" Mais ils ne m'ont rien fait ! "). Il est de plus sceptique sur la cause qu'il est censé défendre (" Du Nord au Sud "). Ainsi, il perçoit l'abolition de l'esclavage comme un simple prétexte à la guerre (" Black Face ").

Dans " Drummer Boy ", parlant d'un sudiste s'étant engagé dans les rangs nordistes afin de donner des informations au Sud, et à cause duquel de nombreux nordistes sont morts, il dit " S'il avait fait le même boulot pour nous, en face, on en aurait fait un héros ! ".

Il n'a, de plus, pas de réelle attache territoriale (il n'a cessé de voyager durant son enfance), aucune attache familiale, et il semble percevoir cette guerre civile comme ne menant à rien. Contrairement à Chesterfield, il ne croit pas en la cause qu'il est censé défendre.


Un homme intelligent et indépendant

Il faut ici noter que si le caporal apparaît assez intelligent dès les premiers albums, cette qualité s'affirme plus dans les derniers opus que dans les premiers de la série.
Ainsi, nous voyons que dans les albums les plus récents, Blutch comprend et analyse rapidement et avec justesse les différentes situations auxquelles il est confronté.

Dans " Drummer Boy ", il comprend rapidement que Pucky est un espion, alors que dans " Quantrill ", il a tout de suite des doutes sur le comportement de celui-ci (vers la fin de l'album, lorsque Quantrill les laisse, lui et Chesterfield, en vie), et nous voyons par la suite que le caporal était dans le vrai.

Cependant, il faut préciser que nous pouvons voir Blutch faire preuve de beaucoup d'intelligence dans des albums plus anciens, comme dans " Baby Blue ", où il fait preuve d'une grande habileté pour récupérer un bébé, dans " Les cavaliers du ciel ", où c'est lui qui découvre un moyen de communiquer du ballon avec la terre ferme, ou encore dans " Les Bleus tournent cosaques ", album durant lequel il arrive à se faire comprendre des cosaques. Enfin, il se montre très ingénieux, dans " Du Nord au Sud ", en élaborant un plan habile permettant de prendre un pont aux Sudistes.

En parallèle de son intelligence, il faut également souligner sa lucidité, laquelle l'aide à comprendre le " dessous des cartes ".
Il se fait peu d'illusions sur le caractère humain, même si cela est moins vrai dans les premiers albums.

Il paraît être devenu moins naïf, probablement après les nombreuses promesses non tenues faites à son égard par Doc Harding, la personne auprès de laquelle il a grandi, et qui régulièrement trahissait sa confiance.

Une fois adulte, d'autres promesses l'ont déçu, comme celle du général Alexander dans " Rumberley ", qui lui prédisait que le village recueillant les blessés nordistes serait " magnifique ", et les gens " accueillants " !

Il n'a cependant jamais semblé dépourvu de méfiance, notamment avant de signer des papiers censés ne lui apporter que des avantages, comme nous le voyons dans " Les cavaliers du ciel " ou dans " Et pour $ 1500 en plus ". Le fait que, là aussi, il ait été trahi par ces promesses semble lui avoir apporté plus de perspicacité.

Nous pouvons observer cette dernière qualité chez le caporal concernant les motifs de la guerre. Il considère l'abolition de l'esclavage comme un simple prétexte à la guerre, et est parfaitement conscient que le sort des Noirs dans le Nord n'est pas nécessairement plus enviable que celui de ceux vivant dans le Sud (il déclare ainsi dans " Black Face ", à propos d'eux : " On leur fait faire n'importe quoi !... Main-d'œuvre à bon marché ! ").

Sa lucidité sur ces questions politiques démontre également qu'il a une grande indépendance d'esprit. Au début de " Du Nord au Sud ", lorsque Chesterfield lui déclare " Notre devoir est d'aller mettre nos fusils au service de la bonne cause ", il lui répond " Vous êtes certain que c'est la bonne ? ". Rappelons également ce dialogue tiré de " Les cousins d'en face " :

Chesterfield : MAIS QU'EST-CE QUI LEUR A PRIS DE S'ENGAGER DU MAUVAIS CÔTE !?!
Blutch : Qui vous dit que c'est le mauvais côté ?...
Chesterfield : Mais enfin, Blutch vous savez très bien que nous luttons pour le bon droit, pour la liberté des peuples, pour...
Blutch : Le malheur c'est qu'en face, ils disent la même chose !... Le type qui a enrôlé vos deux idiots de cousins a dû être plus convaincant !

Cette indépendance d'esprit s'accompagne d'un grand franc-parler.
Il n'hésite jamais à faire connaître son opinion, que se soit auprès de Chesterfield, auprès des autres soldats, et même auprès de ses supérieurs hiérarchiques. Un des meilleurs exemples de sa franchise se trouve dans " Rumberley ", lorsqu'il entre en force dans la maison où siège l'Etat-major et dit à Alexander : " Je viens d'apprendre que vous projetiez de lever le camp sans tenir compte de l'état des blessés !... ".

Signalons aussi ce dialogue tiré de " Le David " :
Capitaine Stilman : P... Pourquoi me regardez-vous comme ça ?...
Caporal Blutch : Vous avez le teint pâle, mon capitaine !... A mon avis, vous devriez sortir plus souvent !
Capitaine Stilman : Moi ?!... Mais pour aller où ?...
Caporal Blutch : Je ne sais pas, moi... visiter les champs de bataille, peut-être... Histoire de voir ce qui s'y passe !

Dans " Les déserteurs ", il dit à son capitaine, quand celui-ci chute de cheval alors qu'ils sont poursuivis par des Indiens : " C'est pas possible ! Vous le faîtes exprès ou quoi ? ", avant de le qualifier de " capitaine à la manque ".
Dernier exemple, dans " La Rose de Bantry ", il n'hésite pas à dire à un officier qui les avait envoyés en mission que son plan " était un plan idiot " !

Il ose donc clairement dire ce qu'il pense à ses officiers, non pas qu'il ait un caractère " rebelle ", ce qui n'est pas le cas, mais simplement parce que c'est une personne qui fait preuve d'une grande franchise et qui n'a pas peur d'exprimer ses idées.

Il ne faut pas y voir un manque de respect pour ses supérieurs d'une manière générale, mais simplement pour un de ses supérieurs dans une situation donnée.

Il n'est pas en désaccord avec les principes, ce qui est la définition d'un rebelle, mais avec la mise en œuvre de ceux-ci. Et c'est parce qu'il est plus " gonflé " que ses compagnons d'armes qu'il ose exprimer son désaccord.

De plus, Blutch n'est pas une personne qui se laisse faire, comme nous le voyons dans " Vertes années ", alors même qu'il est enfant.

Blutch respecte les autres et attend en retour un même respect. Son franc-parler exprime souvent cette idée, comme le prouve sa réaction face à un officier sudiste, dans " Le David " (il dira à Chesterfield : " J'ai horreur de me faire insulter !... Surtout par un inconnu ! ").
Il ne veut pas d'un respect à sens unique.

Par ailleurs, ce franc-parler nous permet de voir que Blutch est une personne susceptible, ainsi que nous le montre sa réaction face aux propos de Mathias, dans " Outlaw ", qui lui dit d'ailleurs : " J'ai jamais vu un gars aussi susceptible que toi... ".

Cette susceptibilité trouve son fondement dans le fait que le caporal tienne à être respecté et ne doit donc pas être assimilée à une certaine forme de " rébellion ".
On ne peut qualifier Blutch de " rebelle " et d'hostile à la société, puisque tout ce qu'il demande, en fait, est de s'intégrer dans cette société et de vivre tranquillement en son sein. Il ne souhaite en effet que retrouver une paisible vie civile dans laquelle il tiendrait son bar. Il est loin d'être un contestataire, ou même un non-conformiste, car son ambition est en fait très proche de " l'American way of life ".

Et d'ailleurs, dans la vie civile, on constate qu'il travaille avec sérieux, en respectant la loi (sauf si sa survie en dépend, comme dans " Vertes années ").
Dans " Émeutes à New York ", on le surprend même à déplorer que les émeutiers ne respectent pas l'armée !

Blutch possède même un minimum de sens du devoir.
Et s'il s'en défend, c'est parce que reconnaître qu'il possède un certain sens civique et qu'il ne se déplaît pas réellement à l'armée, équivaudrait pour lui à admettre qu'il n'en veut pas à Chesterfield de s'être engagé.

Par là même, en supprimant la cause initiale de désaccord entre eux, le fait qu'il le suive dans toutes ses missions (et même en se portant volontaire, comme dans " Rumberley " et " Quantrill ") et soit tout le temps avec lui, ne pourrait plus s'expliquer que par l'amitié (et non plus par le fait de vouloir lui " loger une balle entre les omoplates ", comme il le prétend).

Blutch étant doté d'une réelle pudeur sur le plan des sentiments, il se refuse à reconnaître cette amitié. Ceci explique alors qu'il tienne à conserver auprès de Chesterfield cette image de contestataire.

Le fait qu'il déclare très souvent qu'il veut déserter va d'ailleurs dans le même sens. Il entretient cette image de mauvais soldat et de " rebelle ", sans en être un (il réussit nombre de missions capitales pour le Nord : " Le David ", " Et pour 1500 dollars en plus ").

D'ailleurs, on peut voir cela de manière explicite au début de " Quantrill " : il capture un sudiste, et à ses camarades qui le félicitent, le caporal répond : " Ne vous méprenez surtout pas, les gars !... S'il avait été armé, jamais je ne lui aurais sauté dessus ! ".

Enfin, son côté râleur est souligné le plus souvent par le fait qu'il ne cautionne pas les combines de Chesterfield (pour s'évader, pour mener à bien une mission,...). Mais comme les plans du sergent sont en général tordus et montrent rapidement leurs faiblesses (" Des Bleus et des tuniques ", " La prison de Robertsonville ", ...), il faut alors constater que la méfiance du caporal est justifiée et qu'il lui était alors légitime de râler.

Cette méfiance qu'il a à l'égard des idées de Chesterfield (mais également, bien sûr, des attaques que commande Stark), ne paraît pas faire partie, par nature, de sa personnalité ; il semble plutôt que ce soit son expérience qui lui ait appris à s'en méfier.

Si cette défiance s'exprime à travers des protestations justifiées, c'est néanmoins, parfois, à mauvais escient que Blutch fait preuve de mécontentement (à l'encontre de Stilman et d'Alexander qui leur ont sauvé la vie, à lui et à Chesterfield, dans " Black Face " et dans " Duel dans la Manche ", par exemple), comme s'il en avait pris l'habitude.

Par ailleurs, autre aspect de sa personnalité caractérisant Blutch, c'est un homme curieux de nature, toujours prêt à découvrir des choses qu'il ne connaît pas (dans " Duel dans la Manche ", plutôt que d'aller comme ses compagnons au bar, il préfère visiter Amsterdam).

Il ne demande en fait qu'à mordre dans la vie à pleines dents. C'est probablement son indépendance d'esprit qui fait qu'il a cette ouverture d'esprit et qu'il est curieux de tout.

Cette volonté d'en profiter démontre tout l'amour qu'a Blutch de la vie, et que l'on retrouve dans le rêve qu'il fait d'une vie tranquille et paisible, qui le comblerait manifestement à en juger par le bonheur dont il semble jouir dans " Blue Rétro " ou en permission à la fin de " Bull Run ".
C'est d'ailleurs ce que lui dit Chesterfield, au début de " Le David " : " Vous qui aimez tant la vie ! ".
Comme preuve parfaite de cet amour qu'a le caporal de la vie, il faut citer cette phrase qu'il dit dans " Black Face " : " Pour garder une petite miette de vie, je suis prêt à traîner un boulet de vingt livres au pied pour le reste de mes jours ! ".

Si Blutch est indéniablement indépendant, on ne peut néanmoins pas dire pour autant que ce soit un solitaire : on constate qu'il a de nombreux copains à l'armée, qu'il joue aux cartes avec eux, et que le reste du temps il est le plus souvent avec Chesterfield.

Il semble apprécier la solitude (du moins de temps en temps), ce qu'il dit d'ailleurs dans " Duel dans la Manche " (" A vrai dire, j'adore la solitude... "), mais il n'est pas pour autant misanthrope. En fait, on peut dire qu'il s'accommode très bien des deux situations.

Ce fait est révélateur de sa capacité d'adaptation aux différentes situations, probablement à cause du fait que son cadre de vie a souvent changé (notamment alors qu'il était tout jeune) et bien sûr, du fait de son indépendance naturelle.

On voit dans " Vertes années " qu'il a su, dès son enfance, s'adapter à toutes sortes de métier, et par la suite qu'il saura aussi s'adapter à la violence et à la guerre.

Sa capacité d'adaptation s'accompagne d'une grande débrouillardise, qualité qui semble lui venir de son enfance (" Vertes années "), et dont on peut voir un exemple dans " Emeutes à New York ", dans lequel il arrive tout à fait à donner le change à des émeutiers qui le soupçonnent, lui et Chesterfield, de ne pas être de véritables émeutiers, ou encore dans " Bull Run " lorsque, habillé en garçon de café et poursuivi par des sudistes, il se trouve nez à nez avec d'autres gris et parvient parfaitement à improviser.

Blutch fait également preuve d'une grande malignité et intelligence : il est ainsi assez habile pour réussir à utiliser ou manipuler Chesterfield dans " Grumbler et fils ", " Le blanc-bec ", " Des Bleus dans la gadoue ", François dans " L'or du Québec ", ou encore Johan dans " Les Bleus dans la gadoue ".

Dans " En avant l'amnésique ! ", il berne tout le camp nordiste et arrive ainsi à être démobilisé, alors que dans " Baby Blue " il trompe une ligue de vertu et parvient à récupérer un bébé que celle-ci avait enlevé ! Il sait jouer la comédie et tromper les gens, mais il n'est pas par nature hypocrite : ce n'est que s'il n'a pas réellement le choix des moyens pour parvenir à ses fins qu'il fera preuve d'hypocrisie (comme par exemple à la fin de " En avant l'amnésique ! ").
Blutch reste fondamentalement une personne franche, qui dit ce qu'elle pense.

S'il est prêt à beaucoup de choses pour atteindre ses objectifs, c'est parce que c'est une personne qui fait preuve d'une grande détermination : c'est un battant.

Quand une chose lui déplaît ou qu'un problème se présente, il ne se laisse pas abattre, au contraire, il essaie de le régler. Ainsi, dans " Baby Blue ", quand il apprend que le bébé a été enlevé par une ligue de vertu, il réagit immédiatement et avec une détermination peu commune. C'est un homme extrêmement déterminé, chose que nous voyons également dans " Le David " : il décide qu'il ne chargera plus et qu'il préfère être fusillé, et il va jusqu'au bout, avec beaucoup de cran.

Quand une chose s'oppose à sa volonté, il essaie toujours de surmonter le problème (par exemple quand Chesterfield veut rester chez les Mormons dans " Grumbler et fils ", ou quand le capitaine Nepel prend ses premières mesures dans " Captain Nepel ", ...).

Ce trait de caractère est surtout présent dans les albums récents. Avant, il subissait plus les décisions de Chesterfield. Lorsque dans " Les Bleus en cavale ", Blutch et Chesterfield sont sur le point d'être arrêtés, le sergent dit : " Nous sommes cuits ! ", et Blutch lui réplique : " ...pas dit ! " et trouve un stratagème qui leur permet de s'en tirer.

D'ailleurs, " La traque " nous présente un exemple quasi-identique : à Chesterfield qui lui dit : " Blutch, ça grouille de Confédérés dans le coin, cette fois, j'ai bien peur que nous n'ayons aucune chance de nous en sortir... ", Blutch répond : " ... pas dit ! " et trouve, là aussi, un moyen leur permettant de s'en sortir. Ces exemples constituent de belles preuves de son caractère de " battant ".

Dernier exemple, toujours dans " Les Bleus en cavale ", alors que Chesterfield refuse de se produire dans un numéro de cirque qu'il fait avec Blutch, de peur d'être reconnu et fusillé, celui-ci lui répond : " C'est bon ! J'irai seul ! " : il affronte les problèmes, ce qui est révélateur d'une grande force de caractère.

Nous voyons aussi qu'il sait prendre ses responsabilités, comme le montre " L'or du Québec " dans lequel, contre l'avis de ses camarades, il décide de ne pas suivre les guides et de ne pas écouter leurs avis.

Il est d'ailleurs, parfois, " dur " : il suffit pour s'en convaincre de voir la manière dont il se débarrasse du surveillant de son pensionnat, ainsi que de son chef de chantier, qu'il enterre tous deux vivants, étant petit (" Vertes années "), ou encore dans " Les cinq salopards " où, pour éviter de remettre des assassins en liberté, il est prêt à les abattre, tous les cinq, de sang-froid, sans autre forme de procès. Enfin, dans " Les cousins d'en face ", en lançant à pleine vitesse un train contre celui du major Ransack, un pilleur nordiste, il se trouve responsable de la mort de celui-ci. Blutch peut donc incontestablement se montrer peu sensible.

Il n'en reste pas moins très humain : il se met en colère, s'emporte (dans " Le blanc-bec " contre le colonel Appeltown, dans " Captain Nepel ", contre ce dernier, contre Chesterfield à de nombreuses reprises, notamment dans, " Drummer boy ", " Les hommes de paille ", ou encore dans " El Padre "), il rit (" El Padre ", " Grumbler et fils ", " Les Bleus tournent cosaques ", " Des Bleus et du blues ", ...), ...

Il n'est pas égoïste, et autant il peut être inflexible face à des individus qu'il méprise profondément (des assassins dans " Les cinq salopards ", Ransack dans " Les cousins d'en face ", ...), autant il peut faire preuve de beaucoup de sensibilité et d'attention vis-à-vis d'individus respectables : on le voit ainsi, dans " Les planqués ", dire à Chesterfield qui envoie un soldat faire son tour de garde alors que sa femme " risque d'accoucher d'un moment à l'autre " : " Tout de même, vous auriez pu le dispenser de son tour de garde... ".

Autres exemples, dans " Grumbler et fils ", alors qu'un mormon est attaqué, il vient le défendre, ce que ne fait pas Chesterfield, situation que l'on retrouvera dans " Le blanc-bec ", où Blutch protége un enfant indien alors que le sergent ne bouge pas.

Il peut avoir également des remords, par exemple dans " Les déserteurs ", lorsque par sa faute le capitaine Joyce s'est livré aux Indiens.

Dans un tout autre registre, on peut remarquer que le caporal a le sens de l'humour et un bon sens de la répartie, puisqu'il aime souvent plaisanter, que ce soit avec d'autres soldats (à un soldat qui, dans " Des Bleus et du blues ", lui demande : " Hé, Blutch, t'as pas été invité [au bal] ? ", il répond : " Si, mais j'ai décliné. " !), ou avec Chesterfield, qu'il énerve souvent à dessein (pour se " venger " de certaines de ses attitudes, tout en s'amusant). Une des méthodes qu'il lui arrive d'utiliser est de tutoyer le sergent, comme dans " Emeutes à New York ".

Il l'appelle également, régulièrement, " Môssieur ", ce qui a pour effet immédiat de déclencher la colère du sergent (au début de " El Padre ", par exemple).

Pour parvenir à cet effet, il lui arrive aussi de parler d'Amélie Appletown à Chesterfield (de qui ce dernier est amoureux). Dans " Les Bleus de la balle ", par exemple, parlant de la femme à barbe, il dit à ce dernier " Ne me dites pas qu'elle vous rappellerait trop Amélie Appletown !... ". L'effet sur Chesterfield est immédiat !

Enfin, Blutch est impulsif (parfois, d'ailleurs, ses nerfs le lâchent, comme nous le voyons dans " La prison de Robertsonville " et dans " Puppet Blues "), et il " démarre au quart de tour ". Il dit fréquemment des choses qu'il ne pense pas, notamment à Chesterfield, sous le coup de la colère, et de manière impulsive.

Inversement, il agit aussi de manière spontanée pour de bonnes actions : lorsqu'il voit une personne en danger, et ce, quels que soient les risques, il ne réfléchit pas, il tente de la sauver (" Outlaw ", " Les déserteurs ").

Si Blutch a donc beaucoup de qualités, il n'est néanmoins pas dépourvu de défauts.

Il peut ainsi faire preuve de paresse (dans " Des bleus et des bosses ", il vide une caisse entière de ses munitions pour qu'elle soit plus légère), et il triche au jeu (" Baby Blue ").

Dans " Emeutes à New York ", il est prêt à pratiquer le " bounty jumper ", c'est à dire à toucher une prime d'engagement puis déserter et se représenter dans un autre endroit et sous un autre nom pour toucher une nouvelle prime, et à Chesterfield lui faisant remarquer qu'il s'agit de l'argent du contribuable et lui demandant s'il n'a pas honte, il répond " non ! ".

Il est donc ici tout à fait disposé à voler, en utilisant un subterfuge, ce qui n'est vraiment pas à mettre à son crédit. Il est par ailleurs rancunier, pas vraiment à l'égard de Chesterfield, d'ailleurs, mais de manière générale, comme par exemple à l'égard de Scott qui, dans " Qui veut la peau du Général ? ", l'avait dénoncé à Stark. Ses " vengeances " ne demeurent cependant pas bien méchantes.

Blutch est en fait un " brave type ", ayant quelques défauts mais surtout de nombreuses qualités, ayant des valeurs et qui, si on ne trahit pas sa confiance, le rend bien.

Il est à la base plein de bonne volonté et ne demande qu'à faire confiance et à rendre service, mais il peut se montrer intransigeant lorsqu'on le déçoit.

BLUTCH A TRAVERS SES RELATIONS AUX AUTRES

Relations avec les soldats

Le caporal s'entend très bien avec ses compagnons d'armes, simples soldats ou caporaux. On le voit très souvent jouer aux cartes avec eux (" Des Bleus et des dentelles ", " Baby Blue ", " Les Bleus en folie "), ou encore danser et faire la fête à leurs côtés (" Des Bleus et du blues ").
Fréquemment, il sympathise avec eux et se fait pas mal de copains, comme le caporal Ned dans " Des Bleus et des blues ", ou encore plusieurs soldats dans " Puppet blues ".

Les exemples sont ici légion, même si parfois, bien évidemment, il ne s'entend pas avec certains d'eux (comme avec Scott dans " Qui veut la peau du Général ? ", pour une raison précise). Blutch apparaît donc comme très sociable.

Il apprécie et respecte ses compagnons d'armes.
Il prend ainsi la défense de ceux qui sont blessés dans " Rumberley ", allant même, seul avec Chesterfield, jusqu'à faire face à une quarantaine de sudistes pour assurer leur retraite, puis à foncer sur son général qui s'est moqué de lui en lui faisant croire que ces blessés seraient bien traités. Dans " Bull Run ", il donne du pétrole à un gradé qui a qualifié ses compagnons du 22ème de " rebut ", alors que dans " Puppet Blues ", il s'oppose vivement au photographe qui tourne en ridicule ces soldats.

Il ne tolère pas que l'on se moque de ces hommes qui risquent leur vie, surtout de la part de " planqués ". Il les apprécie et les respecte, en tant qu'hommes et en tant que soldats.

Dans ce cadre, il ne faut pas prendre aux sérieux différents commentaires désobligeants qu'il fait sur les soldats en général, comme par exemple lorsqu'il lui dit à Chesterfield, dans " Les Bleus de la marine " : " Ouais ! C'est bien ce que je pensais ! Un soldat, c'est un soldat ! ... Après ça, on peut tirer l'échelle, on ne trouve plus qu'une... belle andouille ! ".

Il ne semble en effet les proférer que pour agacer le sergent (et il y parvient), ou bien parce que la critique ne concerne, en fait, que celui-ci.

Relations avec les officiers

Blutch n'a aucun " préjugé " à l'égard de ses supérieurs hiérarchiques, contrairement à ce que les apparences pourraient laisser penser.

Il est tout à fait disposé à leur obéir et à les respecter si les ordres de ces derniers ne sont pas complètement déments, et s'ils ont réciproquement un minimum d'estime pour leurs hommes et pour lui (ainsi, dans " Qui veut la peau du Général ? ", lorsque des généraux d'état-major l'interrompent pendant un récit qu'il fait, il leur dit : " Eh, ho ! Je continue ?! ").

Ses propos concernant le général Alexander dans " Rumberley " nous le démontrent puisque, l'ayant au début en estime, il dit de lui : " Pas mal ce type ! ... Dommage qu'il n'y en ait pas plus dans l'armée ! ... On finirait par s'y plaire !... ".

Plus tard, comprenant qu'Alexander s'est payé sa tête, il le chargera !

Autant Blutch comprend parfaitement un simple soldat lâche ou un soldat planqué, autant il n'admet pas qu'un officier se comporte ainsi car celui-ci envoie des hommes au combat. Il n'aura donc aucune estime pour lui s'il est couard.

Il n'a ainsi pas un grand respect pour les officiers d'état-major aptes à se battre, qui sont pour lui des " planqués ".

C'est d'ailleurs ce qu'il fait comprendre au capitaine Stilman lorsqu'il lui dit, dans, " Le David ", qu'il devrait " visiter les champs de bataille, peut-être... histoire de voir ce qui s'y passe ! ". Et il s'explique par la suite auprès de Chesterfield : " Ces gars-là me tendent les nerfs comme des cordes de violon ! ", ces " gars-là " étant, on le devine, les officiers aptes à combattre (Stilman est le seul officier d'état-major à être particulièrement jeune), mais ne se battant pas pour autant.

Inversement, il a de l'estime pour ceux qui se battent aux côtés de leurs hommes et risquent leur vie (à l'exception de Stark, mais qui est mentalement dérangé) : il montre ainsi de l'admiration pour le général Pemberton, un sudiste : " Avouez qu'il ne se met pas à plat ventre devant Grant. Pourtant, je suis certain qu'il sait ce qui l'attend ! C'est moche d'envoyer un type comme ça en l'air en mille morceaux et de l'enfouir ensuite sous des tonnes de gravats ! ".

Blutch n'est donc pas, par nature, opposé à ses supérieurs, et nous voyons qu'il n'est pas, par principe, réfractaire à leur obéir (même s'il est vrai qu'il n'aime pas exécuter les ordres sans réfléchir).

Il salue d'ailleurs toujours ses officiers et obéit à leurs commandements sans discuter (à l'exception, là aussi, de ceux de Stark, ou lorsqu'ils sont absurdes), comme par exemple à celui du général Alexander dans " Qui veut la peau du Général ? ", consistant à découvrir celui qui tente d'assassiner Grant, ou à celui de Grant lui demandant de goûter une boisson qu'il craint empoisonnée.

Si occasionnellement, on voit Blutch tenir des propos peu élogieux à l'égard de certains de ses supérieurs, ce n'est que parce que les échos qu'il a eu d'eux sont très défavorables (le général Mac Clellan qu'il qualifie de " patate de " little mac " "), ou parce qu'il les a vu à l'œuvre. Ainsi, dans les premiers albums, il appelle Grant " général Grant ".

Ce n'est que plus tard, lorsqu'il le voit conduire, dans " L'oreille de Lincoln ", une attaque alors qu'il est saoul, que Blutch tiendra des propos négatifs à son égard, le qualifiant de " monstre sanguinaire ".
Mais son attitude initiale, marquée par l'absence d'à priori négatif, vient bien démontrer que le caporal n'a pas de préjugés à l'égard de ses supérieurs hiérarchiques.

Autre exemple, dans " Rumberley ", lorsqu'il croit au début de l'album que le général Alexander va prendre soin des blessés, il l'appelle " le général ", et quand il comprend après que ce dernier s'est moqué de lui, il l'insulte.

On constate, à contrario, qu'il respecte la plupart du temps ses officiers puisque alors même qu'il n'en parle qu'avec des hommes de troupe, il les appelle par leurs grades, sans leur donner de surnom ou de sobriquet, ni même, souvent, sans les appeler simplement par leur nom (" Qu'en pense le général ? ", " Vous avez entendu ce qu'a dit le lieutenant. ", " Le général a décidé de s'occuper en 1er lieu des guérilleros... ", ...).

Tout au plus utilise-t-il parfois un langage familier en parlant d'eux, sans toutefois être péjoratif (comme " les huiles " ou " le vieux " en parlant du colonel Appletown).
Le manque d'estime qu'il a à l'égard de certains mauvais officiers ne doit donc pas être considéré comme un manque de respect général à l'égard de ses supérieurs.
Il respecte ceux qui sont respectables et n'estime pas ceux qu'il considère comme mauvais, tout comme il fait à l'égard des simples soldats ou des civils.

Relations avec les sudistes

Concernant les sudistes, il faut noter cette phrase extraite de " La prison de Robertsonville ", que dit Blutch à Chesterfield, quand celui-ci lui demande de les attaquer : " Mais ils ne m'ont rien fait ! ". Dans " Des Bleus et des bosses ", Blutch le répète : " Eux [ceux d'en face] ne m'ont rien fait ". En fait, pour Blutch, ce conflit entre habitants d'un même pays n'a pas de sens.

D'ailleurs, quand dans " Les cousins d'en face ", Chesterfield dit, en parlant de ses cousins qui se sont engagés au Sud : " MAIS QU'EST-CE QUI LEUR A PRIS DE S'ENGAGER DU MAUVAIS CÔTE !?! ", Blutch lui répond : " Qui vous dit que c'est le mauvais côté ?... ".

Il n'a aucun grief contre les confédérés, par principe ou pour une raison particulière. Il lui arrive fréquemment de sympathiser avec des soldats gris, tel Mathias dans " Outlaw " ou le caporal O'Neill dans " L'or du Québec ".

Blutch en admire également certains, tel Pemberton, comme nous pouvons le voir dans " L'oreille de Lincoln " : " Je commençais à le trouver très bien, ce type ! ", car " il ne se met pas à plat ventre devant Grant ".

Cela ne l'empêche évidemment pas de se battre et d'en tuer régulièrement, car c'est la guerre, que c'est un soldat et qu'est en jeu sa vie, ses compagnons d'armes, ses chefs (" Qui veut la peau du général ? ", " Des bleus en noir et blanc "), ou encore son pays (" Bull Run "), mais il n'a aucune haine à leur encontre.

Lorsqu'ils ne représentent d'ailleurs plus un danger, on le voit prendre leur défense : ainsi, dans " Puppet Blues ", alors que l'on veut prendre à des prisonniers sudistes leurs vêtements, il proteste énergiquement. Dans " Drummer boy ", alors qu'un adolescent, espion sudiste, doit être fusillé, il le sauve, car pour lui, " qu'il soit confédéré, bulgare, analphabète ou javanais, ce n'est qu'un gosse !... ".

Il faut enfin souligner que Blutch a la même vision concernant les Indiens ou les Noirs révoltés (" Black Face ") qu'il doit combattre : il ne les différencie pas des autres hommes, il n'est ni raciste ni sectaire.

Il estime ceux qui sont estimables, pas les autres, et s'il est en guerre contre eux, il se bat, sans les juger.

Relations avec les civils

Blutch, de par son état, a peu de relations avec les civils. Lorsqu'il en a, elles sont de même ordre que celles qu'il a avec les militaires (soldats ou officiers) : il respecte ceux qui sont respectables, pas les autres. Il n'a de préjugé ni positif, ni négatif.

Ainsi, dans " Grumbler et fils ", il n'a pas une grande considération, au début, pour la famille Grumbler, puis lorsque celle-ci se ressaisit, le caporal se mettra à l'estimer.
Pareillement, il n'a aucun respect pour Sutton, le photographe de " Puppet Blue ", qu'il porte ou non un uniforme (ce que nous voyons à la toute fin de l'album). Cet aspect n'entre pas en compte dans la manière dont Blutch juge les gens.

Par ailleurs, on le voit à plusieurs reprises défendre des civils non armés : un mormon dans " Grumbler et fils ", un civil sudiste dans " Et pour quinze cents dollars en plus ", ceci s'expliquant par le fait qu'il a " horreur qu'on frappe un homme sans défense ".

Relations avec les femmes

Les femmes sont relativement peu présentes dans " Les Tuniques Bleues ".
Malgré tout, elles font quelques apparitions qui nous permettent de nous rendre compte que Blutch n'y est pas insensible, comme nous le voyons dans " Les Bleus de la balle ", lorsque avec Chesterfield il pénètre dans un bar et que celui-ci doit le traîner pour l'en faire sortir, le caporal ne détachant pas son regard des jeunes femmes dansant le " french cancan ", le sergent qualifiant d'ailleurs l'œil de Blutch de " lubrique " ! Par ailleurs, dans " Des Bleus et des dentelles ", il tombe amoureux de Jenny, une infirmière et il sympathise avec elle.



Par la suite, il semble s'intéresser à Margie, une sudiste, dans " Les Nancy Hart ", histoire qui sera sans suite car il lève le camp avec le reste de l'armée.



Dans ces deux cas, l'intérêt que Blutch porte à Jenny et Margie est d'ailleurs réciproque. Notons que dans " Les Bleus dans la gadoue ", le caporal dit à Chesterfield : " Mais enfin, comprenez donc que c'était du cirque, tout ça !... Les femmes sont championnes à ce jeu !... Il n'y a pas pires menteuses !... ".

Ses propos ne sont ici pas vraiment élogieux, mais apparaissent surtout comme des caricatures faciles, et ne sont pas réellement significatifs de la vision qu'a Blutch des femmes.

Enfin, remarquons au passage que la manière dont il materne le bébé de " Baby Blue " semble montrer qu'il pourrait faire un bon père.
Chose qu'il semble d'ailleurs souhaiter, puisque dans " Des bleus et des dentelles ", il dit, avec un air bienheureux : " Peut-être me marierai-je pour de bon... que j'aurai des enfants... qui sait ? ".

La vie d'un " gosse " semble en outre compter particulièrement pour lui, comme le démontre " Drummer Boy ", album dans lequel il risque à maintes reprises sa vie pour sauver celle d'un adolescent et espion sudiste.

Relations avec Arabesque

Chesterfield l'explique très bien, dans " Les Nancy Hart " : " Entre eux, c'est une véritable histoire d'amour ".
On voit d'ailleurs dans cet album toute la colère de Blutch lorsqu'il se rend compte qu'on lui a volé Arabesque, sa jument. Il semble également déprimé et attristé, preuve s'il en fallait de cette affection qu'il porte à sa monture.

Autre exemple, lorsque celle-ci est malade, il accourt immédiatement, puis va chercher " manu militari " une personne capable de diagnostiquer le mal dont elle souffre (" Arabesque ").

Notons au passage que cet attachement ne s'applique pas aux chevaux en général, mais juste à Arabesque, ce qu'il dit explicitement dans " Les Nancy Hart " : " LES AUTRES, JE M'EN FICHE ! C'EST LE MIEN QU'IL ME FAUT ! VOUS COMPRENEZ ÇA !? ".

Cette affection de Blutch se caractérise par le grand soin qu'il apporte à sa monture : ainsi, lorsqu'il croit, dans " Les cousins d'en face ", que l'on va lui demander de sortir Arabesque sous la neige, il montre son désaccord.

Dans " Arabesque ", la jument refusant de commencer à charger (Chesterfield lui ayant bouché les oreilles), un soldat lui demande : " Mais qu'est-ce que t'attends pour l'éperonner ? ", ce à quoi Blutch répond : " De quoi, j' me mêle ! ... Ou elle a envie d'y aller, ou elle a pas envie, c'est elle qui décide, ya pas à la forcer ! ".

Ce dialogue est révélateur du respect et de l'affection que porte le caporal à sa monture : il refuse de faire preuve de la moindre violence, même minime, à l'égard d'Arabesque, et de la forcer, agissant ainsi comme il le ferait à l'égard d'un véritable ami.

Cet attachement est réciproque, ce qu'explique Blutch dans " Arabesque " : " C'est lui qui est venu à moi et j'ignore encore pourquoi, on a tout de suite sympathisé ".

Lorsque Blutch est blessé, Arabesque va d'ailleurs le voir à l'infirmerie (" Des Bleus et des dentelles ").

Il y a une réelle complicité entre eux deux, comme le démontrent de nombreux albums dans lesquels Arabesque réagit aux sifflets de son maître (comme dans " Les Bleus en cavale ", par exemple). Blutch n'est que très rarement mécontent de l'attitude de sa jument ; en fait, cela n'arrive qu'une seule et unique fois, dans " Vertes années ", album dans lequel il la traite d'" imbécile ", d'" idiote " et de " stupide animal ", puis lui donne une claque, car elle s'est écroulée alors qu'il cherchait à déserter (en confondant la voix de Chesterfield avec celle de Stark !). Cette scène ne doit néanmoins être interprétée que comme un acte d'énervement, le caractère impulsif de Blutch prenant ici le dessus.

L'attachement qu'il porte à Arabesque n'en reste pas moins, en effet, indéniable, " En avant l'amnésique ! " nous en apportant la plus belle preuve : au début de l'album, Arabesque se trouve " sonnée " lors d'une charge. Le caporal, pensant alors qu'elle sera démobilisée et ne risquera pas d'être tuée à la guerre, commence à déserter... Mais apprenant par la suite que sa jument n'a pas été " libérée " et participera tout de même aux combats, il décide de rejoindre le camp nordiste, en prenant de gros risques (les positions nordistes sont encerclées par les sudistes), pour la retrouver.

Il faut d'ailleurs signaler que Blutch ne tente jamais de déserter sans sa jument (dans " Qui veut la peau du Général ? ", c'est d'ailleurs ce que dit Chesterfield, en parlant de Blutch : " Une chose est certaine : si cet imbécile avait vraiment voulu déserter, il aurait emmené son propre cheval... "). Enfin, il faut noter que lorsque Arabesque est " sonnée ", dans " En avant l'amnésique ! ", Blutch la guérit d'un simple coup de sifflet, provoquant le choc nécessaire à son rétablissement. Ce fait est révélateur de la force de leur relation.

Relations avec Chesterfield

Il convient tout d'abord de rappeler la genèse de la relation entre Blutch et Chesterfield. Nous ne tiendrons pas compte de l'ordre chronologique des albums, mais bien de la rencontre telle qu'elle est racontée par Cauvin et Lambil dans " Blue Rétro ".

Dans cet album, Chesterfield, poussé par sa mère, doit faire une demande en mariage auprès de Charlotte Graham, alors qu'il ne veut pas l'épouser. Il entre dans le bar tenu par Blutch, pour se donner du courage. Sensible à ses problèmes, Blutch boit avec lui.

Ce même soir, entrent dans le bistrot des militaires qui convainquent Chesterfield de s'engager. Lui mentant, ils lui disent qu'il lui faut pour cela un témoin, et le futur sergent propose Blutch dans ce rôle.
Celui-ci signe alors, non pas un acte de constat, mais bel et bien, lui aussi, un engagement, alors que, contrairement à Chesterfield, il ne voulait pas s'enrôler !

Blutch tient le sergent pour responsable de son engagement.
Par la suite, les révélations de Chesterfield donnent lieu à leur première dispute : contrairement à ce que Blutch pensait, le futur sergent n'était pas, comme lui, victime des méthodes de recrutement de l'armée nordiste. Au contraire, il comptait initialement s'engager et l'avait entraîné dans cette histoire, alors que lui ne le voulait pas !

Si Chesterfield s'était trouvé dans la même situation que Blutch, celui-ci ne lui en aurait sans aucun doute pas tenu rigueur, mais ce n'est pas le cas.

Il faut néanmoins constater qu'ils avaient sympathisé dès leurs premières rencontres, étant alors tous deux civils. Blutch avait offert un remontant à Chesterfield en voyant qu'il se sentait mal avant de trinquer avec lui et de signer son engagement.

Par la suite, une véritable amitié se développe entre eux, et Blutch s'accommode très bien de cette vie militaire aux côtés de Chesterfield.

Mais il se refuse à le reconnaître, car cela équivaudrait pour le caporal à admettre qu'il n'en veut pas véritablement au sergent de s'être engagé.

Dès lors, ne lui en tenant pas rigueur, le fait qu'il soit la plupart du temps avec Chesterfield ne pourrait plus s'expliquer par le fait qu'il attende l'opportunité pour se venger de lui, mais au contraire par l'amitié qu'il lui porte.

Blutch ne veut pas reconnaître de vive voix son amitié pour Chesterfield par pudeur, mais également par fierté.

En effet, cela reviendrait à admettre pour le caporal que beaucoup de ses protestations à son égard ne sont qu'un simple jeu, ne reflétant pas sa pensée.

Laisser en place ce jeu des apparences, qui est de dire qu'ils ne " peuvent pas se supporter ", est alors nécessaire.

Preuve qu'ils jouent tous deux un rôle, dans " Puppet Blues ", à un moment donné, le caporal " déserte " afin que Chesterfield le suive et qu'ainsi cela fausse le travail du photographe Sutton, qui a besoin du sergent. Il ne compte en fait pas déserter, et Chesterfield le sait.

Pourtant, alors que le photographe veut le convaincre de rester, celui-ci lui répond : " Je... Euh... Excusez-moi, Monsieur Sutton... Vous ne pouvez pas comprendre, mais entre Blutch et moi, c'est une question de principe... ". Cette scène est particulièrement significative.

D'ailleurs, lorsque Blutch sauve Chesterfield (" Requiem pour un Bleu ") ou le veille, blessé, (" Des Bleus en noir et blanc "), il ne lui dit pas.

A l'inverse, il ne faut pas prendre au sérieux les propos et les actes désobligeants de Blutch à l'encontre du sergent.

Ils sont l'expression de cette relation particulière qui les unit, et le plus souvent, Blutch agit simplement pour s'amuser à énerver le sergent.

Parfois, c'est pour prendre une revanche, se " venger " de certains dires ou actions de Chesterfield, Blutch agissant alors sous le coup de la colère et de manière impulsive.

Quoiqu'il en soit, cela n'a évidemment jamais de graves conséquences pour Chesterfield (quand les choses sérieuses commencent et que Chesterfield est en danger, Blutch répond toujours présent pour l'aider et le soutenir).

Par exemple, dans " Des Bleus en noir et blanc ", alors qu'un obus a soufflé son cheval et que Chesterfield lui dit qu'il n'y a pas lieu de s'apitoyer sur le sort de l'animal, Blutch lui dit : " Y A PAS DE JUSTICE !... CE N'EST PAS SUR CETTE PAUVRE BÊTE QUE CE *§¤# DE BOULET DEVAIT ATTERIR, MAIS SUR VOTRE GROSSE TÊTE HIRSUTE ET BÉATE !... ".

Juste après cela, un obus souffle Chesterfield, et le caporal, le croyant mort, apparaît complètement désespéré et abattu, ce qui démontre bien que Blutch dit beaucoup de choses sous le coup de la colère, de l'émotion, contre le sergent, sans pour autant les penser.

Pour reprendre l'expression de ce dernier, définissant parfaitement Blutch, " Il aboie beaucoup mais ne mord pas ".

Dans les autres situations, c'est par pur amusement que Blutch agace Chesterfield. D'ailleurs, dans " Captain Nepel ", Blutch dit à un moment qu'il agit ainsi " uniquement " pour faire " bisquer " Chesterfield.

Aucun des deux n'est dupe de la force de leur amitié et du jeu existant entre eux consistant à la nier. Ainsi, quand dans " L'oreille de Lincoln ", Blutch dit à Chesterfield : " ENCORE ?!... DECIDEMENT, VOUS NE POUVEZ PAS VOUS PASSEZ DE MOI ! ", le sergent lui répond : " Non ! " et l'embrasse sur le haut du crâne !

Il reconnaît ici son amitié pour le caporal, qui réagit avec colère, car celui-ci s'y refuse et continue à jouer son rôle, ce qui amuse Chesterfield.

Mais inversement, au début de " La prison de Robertsonville ", Blutch est blessé, apparemment inconscient. Chesterfield craint qu'il n'ait été tué, et apparaît extrêmement inquiet.
Blutch, voyant cela, l'embrasse sur le haut du crâne, et cette fois-ci, c'est Chesterfield qui s'énerve ! Si l'un des deux est disposé à affirmer cette amitié, l'autre montre aussitôt sa désapprobation car ils ne sont pas prêts à l'admettre mutuellement, de manière explicite.

Cette fiction qu'ils établissent ne résiste pas à la réalité des faits, venant démontrer la très forte amitié les liant.

Ils nous prouvent toute l'amitié que Blutch éprouve pour Chesterfield.
Dès " Blue Rétro ", d'ailleurs, on le voit suivre le sergent et ses idées, cet attachement prenant forme.

Dans " Du Nord au Sud " et dans " Bull Run ", le caporal libère Chesterfield d'un camp de prisonniers sudistes. Il lui sauve la vie dans " Et pour 1500 dollars en plus ", " Du Nord au Sud ", ou encore " Les Bleus dans la gadoue ".

Autre exemple, lorsque le sergent est écoeuré, dans " Black Face ", par la politique du Nord à l'égard des Noirs, Blutch est là pour le soutenir : " Allez, posez votre grosse tête sur mon petit sein plat et laissez-vous aller aux confidences !... Maman Blutch est toute ouïe ! ".

Quand Chesterfield est dans une mauvais passe, le caporal ne le laisse pas tomber : il fait tout pour le récupérer dans " Grumbler et fils ", alors que celui-ci veut déserter et risque ainsi d'être fusillé s'il est retrouvé, et dans " Les Bleus en folie ", alors qu'il avait réussit à s'évader d'un asile de fous, il y retourne lorsqu'il se rend compte que Chesterfield y a été placé, car il ne veut pas l'y abandonner.

On trouve un des meilleurs exemples de cet attachement et de cette amitié qu'a Blutch pour le sergent dans " Le blanc-bec ". Dans cet album, Chesterfield est particulièrement abattu car Amélie Appletown, celle qu'il aime, vient explicitement de lui faire comprendre que cet amour n'est pas réciproque.

Par ailleurs, un soldat tire sur le fils d'un chef Indien. Celui-ci vient demander au colonel Appletown qu'il lui livre le coupable.

Chesterfield, le moral en berne, décide alors de se rendre au chef Indien en se faisant passer pour la personne qui a tiré sur son fils, c'est-à-dire, en quelque sorte, de se suicider. Blutch, refusant de le voir se faire tuer, et n'ayant pour seule raison que de vouloir sauver Chesterfield (il n'est pas déprimé, lui) se rend à sa place et se sacrifie pour le sauver, précisant au colonel : " [...] je le trouve plus sympathique [que la personne qui a tiré sur l'enfant indien] ! Parce que lui, au moins, il ne lui viendra jamais à l'idée de tirer sur un gosse, même un Indien !... ".

Il l'estime sur certains points et connaît ses qualités.
D'ailleurs, dans " Des Bleus en noir et blanc ", Chesterfield réussit une percée et on accorde le mérite de cette action au capitaine Stark. Blutch, alors photographe, rétablit la vérité, ce qui a pour conséquence que son supérieur lui ordonne de retourner au combat.

Blutch a pris ce risque uniquement pour que Chesterfield trouve toute la gloire qu'il mérite et qu'on lui a volé, ce qui prouve toute l'amitié et surtout, dans ce cas précis, l'estime qu'il a à l'égard du sergent et des qualités qu'il lui reconnaît.

Il perçoit également mieux que quiconque ses défauts.
Pour Chesterfield, un supérieur ne peut pas, au moins de prime abord, se tromper : ainsi, dans " Captain Nepel ", quand ce capitaine prend différentes décisions et que Blutch proteste, on sent nettement que Chesterfield les désapprouve au fond de lui, mais cela ne l'empêche pas de dire au caporal : " Laissez, Blutch !... Il sait sûrement ce qu'il fait !... ". Mais c'est aussi cette naïveté et cette crédulité que Blutch apprécie chez Chesterfield : c'est un " brave type ".

Blutch, donc, connaît très bien le sergent : il réussit à l'utiliser ou à le manipuler dans " Grumbler et fils ", " Le Blanc-bec ", " Des Bleus dans la gadoue ", en utilisant un des points faibles de celui-ci, Amélie Appletown. Et lorsque le sergent veut le berner dans " Des Bleus et des cosaques ", il parvient à éviter son piège.

Par ailleurs, on trouve peu, de fait, de reconnaissances explicites de cette amitié. Quand, dans " Rumberley ", Chesterfield lui demande : " Dans le fond, sans oser vous l'avouer, vous m'aimez bien... pas vrai ?... ", Blutch lui réponds alors : " Ouaip !... Avec une bonne sauce béchamel et des haricots verts !... ".

C'est dans " La Rose de Bantry ", que l'on trouve la phrase la plus explicite : Blutch croit que Chesterfield est mort (on le voit d'ailleurs, à cette occasion, réellement triste), et lorsqu'il se rend compte qu'il est finalement vivant, il lui dit : " Bien que ça me fasse des nœuds dans les tripes de vous l'avouer, j'admets que j'ai plaisir à vous revoir en vie !... ".

On trouve aussi une autre phrase du caporal exprimant cette affection, dans " Les Bleus en folie " : à un soldat qui lui demande ce qu'il trouve à Chesterfield, il répond : " À vrai dire, pas grand-chose, mais c'est bête... je m'y suis attaché !... ".

Cette relation est en effet marquée pour partie par un simple attachement (dans " Rumberley ", Blutch dira à Chesterfield : " Voyez-vous, sergent, je me suis décidé une fois pour toutes à lier ma vie à la vôtre pour le meilleur et pour le pire !... Et pourtant, croyez-moi, je n'ai pas été gâté !... "), une question d'habitude.

Ainsi, dans " Puppet Blues ", le caporal avait réussi sa désertion (en ayant au préalable prévenu le sergent), et pourtant, il revient au camp nordiste. C'est sans aucun doute car il ne tient pas à quitter Chesterfield, (quand ce dernier lui demande : " ... et... et vous êtes revenu !... Pourquoi ?... ", Blutch répond : " Je me le demande encore !... ").

Il ne faut cependant pas perdre de vue qu'avant tout, c'est une amitié très forte qui existe entre eux. S'ils sont le plus souvent ensemble, c'est parce que, au fond d'eux-mêmes, c'est ce qu'ils souhaitent. Ce n'est pas réfléchi. Leur amitié s'est faite naturellement, comme une évidence. Cela en démontre la grande force.

Par ailleurs, si leurs rapports, fondamentalement, n'évoluent pas, on assiste à une transformation de leur relation sur certains aspects : dans les premiers albums, on voit à de très nombreuses reprises Chesterfield frapper Blutch (jusqu'à cinq fois dans " Et pour 1500 dollars en plus " !) ou le menacer de son arme (entre autres : " Les cavaliers du ciel ", " Des Bleus en noir et blanc "), lui tirer dessus (" Les cosaques ", " Les Bleus dans la gadoue "), tenter de l'étrangler (" Bronco Benny ", " La Rose de Bantry "), ou encore l'insulter (" Et pour 1500 dollars en plus ", " Rumberley ", " Vertes années ").
Par la suite, de telles actions se raréfient : il faut remonter au tome n°25, " Des Bleus et des bosses ", pour voir Chesterfield frapper Blutch pour la dernière fois !

Le sergent n'a plus tiré sur Blutch depuis le n°27, " Bull Run ".
Enfin, c'est au numéro 31, " Drummer Boy ", que Chesterfield a tenté d'étrangler Blutch pour la dernière fois. Il lui arrive cependant, encore, de le menacer (n°44, " L'oreille de Lincoln ") ou de l'insulter (n°50, " La traque "), sans cependant parler sérieusement.

Au début, également, Chesterfield tutoyait Blutch, ce qu'il ne fait plus du tout par la suite. Signalons cependant que si, dans les premiers albums, le sergent n'était pas très respectueux de son subordonné, c'était également le cas de Blutch à son égard, même si à une moindre échelle. Ainsi, le caporal qualifie Chesterfield a plusieurs reprises de " bête sergent " dans les premiers opus de la série (dans le n°1, " Un chariot dans l'Ouest ", ainsi que dans le n°3, " Et pour 1500 dollars en plus ").

Par contre, si Chesterfield est devenu au fil des albums beaucoup plus respectueux de Blutch, celui-ci a moins évolué à l'égard du sergent, ce qui a donc finalement conduit à un rééquilibrage dans leur relation.

Ainsi, dans des albums plus récents, on voit le caporal insulter Chesterfield (" Puppet Blues "), et les coups unilatéraux du sergent ont été remplacés par des bagarres entre eux (" Duel dans la Manche "). Ils sont passés d'une relation d'égal à égal. Le lien de subordination demeure, mais en tant qu'hommes, l'égalité entre eux est de rigueur, ce qui n'était pas le cas dans les premiers albums.

Sur certains points, Blutch paraît même avoir pris l'ascendant sur Chesterfield : dans les tout premiers albums, le caporal se contente de suivre ce dernier (par exemple, dans ses tentatives d'évasion, dans " La prison de Robertsonville ", ou dans ses changements de mutation dans " Les Bleus de la marine " et " Blue Rétro "). Par contre, dans les albums plus récents, la situation s'inverse et c'est Blutch qui prend les décisions (malgré son grade inférieur) et Chesterfield qui le suit.

Ainsi, dans " Les Bleus en cavale " (alors qu'ils se cachent et sont sur le point d'être démasqués) et dans " La traque " (alors qu'ils risquent d'être découverts par les sudistes), c'est Blutch qui trouve une idée pour que tous deux se sortent du mauvais pas dans lequel ils sont, et qui dirige l'opération. Dans " L'or du Québec ", on le voit même dire " *$¤'/ CETTE FOIS, Y'EN A MARRE !... QUE VOUS LE VOULIEZ OU NON, JE PRENDS LA DIRECTION DES OPERATIONS ! ", et Chesterfield suivre l'idée du caporal.

Blutch et Chesterfield font en outre preuve d'une grande complicité, révélatrice de cette égalité existant entre eux.
Ainsi en est-il dans " Baby Blue ", où ils trichent ensemble aux cartes pour gagner de l'argent ou encore dans " Des Bleus et du blues " et dans " La traque ", pour se défaire respectivement de Sandler et de Cancrelat.

Il faut également citer " Mariage à Fort Bow ", dans lequel ils réussissent à faire reconnaître à Rufus Cochran un mensonge de sa part, en parlant tour à tour et finalement en ne lui laissant d'autre alternative que d'avouer. Dans ce superbe bras de fer psychologique avec Cochran, les deux amis apparaissent totalement sur la même longueur d'onde, sans concertation préalable, en plus ! S'il y a des points sur lesquels ils ne sont bien sûr pas d'accord (sur la guerre en particulier), pour le reste, ils ont souvent des opinions proches.

D'ailleurs, lorsqu'ils parlent de politique (par exemple des Noirs dans " Black Face "), ils discutent calmement et posément et ont le même point de vue.

Cette amitié qu'éprouve le caporal pour Chesterfield est réciproque : dans " Les cavaliers du ciel ", Chesterfield dit qu'il aime Blutch " comme un fils ".
Nous voyons d'ailleurs dans ce même album qu'il vient le voir avec un bouquet de fleurs, alors qu'il le croit blessé.

Dans " En avant l'amnésique ! ", en entendant une détonation et en voyant le caporal et son cheval tomber à terre, il sera inquiet, ce qu'il reconnaîtra lui-même plus tard (" Entre nous, j'ai eu drôlement la pétoche quand je vous ai vu tomber de cheval ! "). Dans ce même album, il oblige le médecin, par la force, à soigner Blutch en premier.

Il lui sauve la vie à plusieurs reprises (" Outlaw ", " Et pour 1500 dollars en plus "). Dans " Les Bleus de la marine ", le croyant décédé, on voit Chesterfield réellement triste, et préférant quitter la cavalerie pour pouvoir rester aux côtés du corps de Blutch plutôt que de continuer à charger car, comme il le dit à Stark : " Quoi !?... Mais je ne peux tout de même pas abandonner un ami ! ". C'est donc une réelle amitié réciproque qui lie les deux hommes.


Blutch est une personne difficile à appréhender, qui nie de nombreux traits de son caractère, au premier rang desquels son courage et surtout son amitié pour Chesterfield.

Il est beaucoup moins indifférent au monde qu'il l'entoure qu'il ne veut le laisser paraître. C'est globalement une personne pacifique et respectueuse des autres, mais qui ne se laisse pas " marcher sur les pieds " par les autres, quels qu'ils soient.

Si l'on peut dégager une logique interne chez Blutch, il n'en demeure pas moins parfois imprévisible, et c'est ce qui, ajouté à sa complexité naturelle, fait tout l'intérêt de ce personnage.

Marc (alias Brett), Novembre 2007




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Un grand merci à Brett pour cet immense travail de recherche et d'écriture.
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