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Louis Salvérius

Louis Salverius est l'homme du premier avril. Cette date compte pour beaucoup dans sa vie. C'est un 1er avril 1953 qu'il rentre à l'armée. A 23ans on le retrouve dans l'infanterie blindée, une arme d'élite dont il se fait l'enlumineur : décoration de chambrée ou de kit-bags, ses charges fougueuses préfigurent celles des Tuniques Bleues.
Tout a une fin. Salvérius se retrouve en civil. Fini le petit atelier tranquille ! Il adresse une lettre et quelques dessins aux Editions Dupuis et se retrouve, tout surpris, au bureau de Dessin de la Maison. Il s'y rode longuement la main.

Un Bureau de Dessin! cela signifie autant de besognes artistiques qu'ingrates : de la mise en page au traçage de grilles de mots croisés, de la décoration d'exposition à l'illustration vite brossée pour boucher un trou! Salvérius s'égarera même un moment dans les bureaux de TVA - le studio de dessin animé des Editions -, où il jouera même au cameraman, s'endormant sous la chaleur des lampes!

RISQUE-TOUT, éphémère journal frère de SPIROU, voit la première illustration de Salvérius. Un dessin très technique de " Coléoptère".

Il y passe ensuite diverses illustrations réalistes et humoristiques.Il assure la mise en page de la collection " Les Merveilles de la Vie", puis des "GAGS DE POCHE", petits recueils reprenant des trésors de la bande dessinée sous un format "poche".

C'était un fameux travail. La plupart des séries reprises, prévues pour de grandes planches, ne s'ajustaient pas tout à fait au nouveau format, il fallait recomposer les cadres, prolonger souvent l'image, compléter le décor.
Un travail de bénédictin, et qui occupa le plus gros de son temps de 1955 à 1960. Salverius aura ainsi collaboré bien discrètement, à la diffusion en poche des oeuvres de Morris, Roba, Peyo, Tillieux, Franquin etc..!

Durant la même période, les mini-récits se créent. Salvérius y apporte, sur scénario de Delporte, un grand récit fantaisiste : "La Loi du Scalp".

Le décor est trouvé. Salverius va se consacrer à l'Ouest pour rire. Reste a déterminer quel personnage lui apportera le succès. On tâtonne. Les mini-récits se succèdent. Aventuriers de l'ouest, Tim et Tom connaissent leur heure de succès. Devos en assume les scénarios. Il en reprendra entièrement la réalisation dans " DE CHARYBDE EN SCYLLA " (mini-récits n°258).

"Whamoka" prend le départ. Il sera une excellente source de gags qu'animeront conjointement Devos et Salvérius.

Mais le personnage reste limité. Il faut élargir le thème, repartir à zéro. On lui adjoint Whikilowat pour faire pendant. C'est la grande époque indienne de Salvérius. Il illustre avec Jamic des albums de la collection CARROUSEL présentant la vie dans la Prairie. Deliège lui apporte les scénarios d'une nouvelle salve de mini-récits, "Petit Cactus".
Entre-temps les années défilent. Salvérius travaille toujours au Bureau de Dessin en semaine et dessine les week-ends. La formation a été bonne. Il commence à se sentir capable de prendre son envol de dessinateur indépendant. Reste à trouver un personnage bien établi qui l'amènera petit à petit au succès.

Salvérius rêve depuis des années d'animer l'épopée des Tuniques Bleues. Il a rassemblé une documentation énorme et en parle souvent avec nostalgie à un jeune scénariste spécialiste des appareils techniques mis au service des Rédactions SPIROU et BONNE SOIREE. Entre deux réalisations de photocopies ou d'agrandissements à la caméra, Raoul Cauvin part en chevauchée dans l'Ouest sauvage.

Les Tuniques forment au départ un groupe, Une patrouille de copains. Puis les caractères s'affinent, et les personnalités du Sergent et de Blutch prennent le dessus. Bon, brave et bête. Cornélius Chesterfield représente un type exceptionnel de militaire-dans-l'âme tempéré par un perpétuel ronchonneur.

Blutch fait la guerre contraint et forcé, Chesterfield y voit une promotion magnifique, L'antagonisme des personnages forme la recette miracle. Les scénarios de Cauvin prennent ainsi une résonance profondément humaine. Tout en proposant un véritable cocktail de fous rires.
Plantées dans le décor tragique de la Guerre de Sécession, les Tuniques Bleues représentent beaucoup plus que de simples amusettes, et l'absurdité guerrière y est bien souvent soulignée. Nous sommes tous des Blutch regrettant qu'il existe des Cornélius Chesterfield pour nous mener au feu.

C'est en 1968 que sont apparus les premiers gags et histoires complètes des " Tuniques". Salvérius y travaillait encore au Bureau de Dessin des Editions Dupuis. Occupé la semaine durant à des tâches secondaires, son rythme de dessinateur des dimanches ne pouvait qu'être lent. Le succès de ses personnages exigea des sacrifices. Le 1er avril 1970, Salvérius prit sa liberté pour pouvoir aborder de grandes séries à suivre.

Quatre grands épisodes naissent avant sa disparition tragique : "Un Chariot dans l'ouest", "Du Nord au Sud", "Et pour 1500 $ en plus" et "Outlaw". Les albums "La Grande Patrouille" et "Des Bleus et des Tuniques" regroupent toutes ses premières oeuvres qui n'avaient pas encore connu la gloire du recueil.


Ce texte est issue de l'album n°9 des Tuniques Bleues :
"La Grande Patrouille"




Article sur Salvérius
Article est paru dans "Curiosity Magazine" n°1. (paru au 3e trimestre 1972)



Merci à Jean-Jacques
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